Et si l’argent n’était pas le problème — mais le miroir ?
Dans cette conversation avec Laurence Vernay, fondatrice de l’école somatique “Le Sens du Vivant”, on a exploré une question inattendue : l’argent peut-il être vivant ?
Pas au sens magique du terme. Au sens de ce que nous y mettons, nous : nos peurs, nos besoins réels, notre énergie, notre vivant.
J’ai aimé jouer avec cette idée et ce qui est apparu, c’est que transformer sa relation à l’argent commence bien avant les tableaux de bord et les budgets. Ça commence dans le corps.
Cette conversation ne concerne pas que ton compte en banque. Elle concerne ce que tu veux construire — et comment tu veux habiter le monde.
Pourquoi tu n’es pas “nulle avec l’argent”
Avant toute chose, il y a quelque chose d’important à entendre.
Si tu te sens dépassée, angoissée ou honteuse face à l’argent, ce n’est pas un défaut de caractère. Ce n’est pas parce que tu es irresponsable, trop émotive, ou pas assez sérieuse.
C’est parce que notre système monétaire génère deux émotions : l’avidité et la peur de manquer. Ce n’est pas une opinion — c’est une conséquence quasi mécanique de la façon dont la monnaie est créée, par la dette, depuis 3000 ans.
Puis tu hérites d’un rapport au corps qui t’as éloigné de ton corps, de tes ressentis, de tes besoins et de tes émotions : “non tu n’as pas froid / faim / mal”, “arrête de pleurer, sois fort”, “c’est pas bien d’être en colère”, …
Et l’argent est l’outil dont tu te sers pour nourrir tes besoins.
D’un côté le vivant des émotions et des ressentis, de l’autre une éducation au refoulement.
Comprendre ça, c’est déjà se libérer d’une part de honte. Et se libérer de la honte, c’est commencer à reprendre le pouvoir. Sur tes finances. Et, peu à peu, sur ta façon d’habiter le monde.
Relation à l’argent : ce que ton corps sait que ta tête ignore
Laurence Vernay m’a posé LA question qui est le point de départ de ma méthode : “Qu’est-ce que l’argent fait dans ton corps ?”
Pas dans ta tête. Dans ton corps.
C’est cette question qui permet de tout changer. Parce qu’on apprend très tôt à ne pas écouter notre corps quand il s’agit d’argent. On nous demande d’être “rationnels”, de faire des tableaux, de suivre des règles, de ne pas laisser les émotions interférer.
Sauf que les émotions interfèrent quand même — elles ont juste été enfermées dans une “grosse marmite intérieure”. Et de là, elles pilotent nos décisions à notre insu.
La peur de manquer qui te fait acheter quelque chose dont tu n’as pas besoin.
L’avidité qui te pousse à accepter un contrat qui ne te correspond pas, juste pour l’argent.
L’angoisse qui te paralyse face à un budget à établir.
Ce ne sont pas des failles. Ce sont des signaux.
Écouter ce que l’argent fait dans ton corps, c’est un acte financier. C’est peut-être l’acte financier le plus puissant qui soit, et c’est aussi, sans qu’on le sache toujours, un acte politique — parce que des millions de décisions prises depuis la peur, ça finit par dessiner un monde.
La confusion entre valeur et prix — et ce qu’elle te coûte vraiment
Voici quelque chose que notre culture a très bien réussi à faire : nous convaincre que la valeur d’une chose est son prix.
Plus quelque chose est cher, plus ça a de la valeur.
Plus on gagne d’argent, plus on a de la valeur.
Plus on produit, plus on compte.
C’est une fiction. Et c’est une fiction qui nous coûte cher — pas seulement financièrement.
Elle nous coupe de nos besoins réels, de nos priorités profondes, de ce qui nourrit vraiment la vie. La nôtre, et celle qui nous entoure.
La valeur, elle, est subjective. Elle est incarnée dans ta vie, dans tes besoins réels, dans ce qui nourrit ton énergie.
Avec 1000 €, chacun achète quelque chose de radicalement différent — parce que chacun a une vie différente, des priorités, des valeurs différentes, un vivant différent.
Apprendre à réécouter ta propre boussole de valeur — pas celle du marché, pas celle des comparaisons sociales, la tienne — c’est le début de la souveraineté financière. C’est aussi une façon concrète de changer sa relation à l’argent : passer de subir à choisir.
Ça veut dire aussi, concrètement :
- fixer tes tarifs depuis ce que tu offres vraiment, pas depuis ce que tu crois qu’on acceptera.
- dépenser pour ce qui compte pour toi, pas pour ce qui est censé compter.
- épargner avec une intention, pas avec une peur.
Argent peur / argent cœur : d’où agis-tu ?
Il y a une distinction que j’utilise depuis longtemps et qui a résonné fort dans cette conversation.
L’argent peur, c’est quand tes décisions financières sont pilotées par la peur de manquer, le regard des autres, l’angoisse du futur. Tu stockes pour te protéger. Tu dépenses pour combler un vide. Tu acceptes des missions par peur du vide, pas par désir du projet.
L’argent cœur, c’est quand tes décisions viennent de ce qui est vivant pour toi. Tu épargnes pour un projet qui t’allume. Tu dépenses pour nourrir quelque chose de vrai. Tu refuses une opportunité parce qu’elle ne t’allume pas, même si elle est bien payée.
L’argent est neutre. Il ne juge pas. C’est nous qui le colorons. Et nous avons toujours la possibilité de choisir depuis quel endroit on agit.
L’argent peur s’accompagne d’une sensation de rétrécissement, l’argent coeur d’un ressenti d’expansion. Oui, ton corps t’informe.
Pas dans la perfection, ce n’est pas l’enjeu. Mais avec davantage de conscience. Et cette conscience-là, elle ne reste pas enfermée dans ton budget. Elle rayonne.
lire l’article “Argent peur ou argent coeur ?”
2 pratiques pour commencer dès maintenant
Pratique 1 “D’où vient cette décision ?”
Avant ta prochaine décision financière, petite ou grande, prends 30 secondes. Ferme les yeux si tu peux. Et pose-toi cette seule question : est-ce que j’agis depuis la peur, ou depuis ce qui est vivant pour moi ? Contraction ou expansion ?
Tu n’as pas à changer ta décision tout de suite. Juste sentir d’où elle vient. Cette conscience seule commence à transformer ta relation à l’argent.
Pratique 2 “Valeur ≠ prix” Prends une chose que tu hésites à faire : donner, dépenser, proposer un tarif. Écris en 3 lignes ce que cette chose représente pour toi : quels besoins elle nourrit, quel sens elle a, ce qu’elle dit de tes priorités et de tes valeurs.
Puis compare avec le prix auquel tu l’as évalué.
L’écart entre les deux te dit souvent quelque chose d’essentiel sur ta confiance en toi et sur ce qui reste à accueillir.
L’argent comme miroir du vivant
Au fond, l’idée centrale de cette conversation est celle-ci :
L’argent est neutre. Nous pouvons le teinter de notre vivant, de nos besoins, de nos projets. Ou le laisser être le support de notre inconscient, de ce qu’on ne reconnaît pas encore en soi.
Ce choix est toujours disponible. Pas une fois pour toutes, mais à chaque décision, à chaque transaction, à chaque moment où quelque chose bouge dans ton corps face à une question d’argent.
Et si ce mouvement-là, ce frisson, cette contraction, cet élan, était une information précieuse sur ce qui compte vraiment pour toi ?
Tu peux regarder l’argent comme un juge, une obsession, une autorisation. Ou tu peux commencer à le regarder comme un miroir de ce qui est vivant en toi, puis laisser cette relation à l’argent renouvelée te transformer, de l’intérieur vers l’extérieur.
C’est l’invitation de cette conversation.
Un vivant plus grand ?
Et si la façon dont tu gères ton argent était un apprentissage plus grand ? Celui d’habiter le réel. D’écouter ce qui est vivant, en toi, autour de toi, sur cette Terre qui attend qu’on lui fasse à nouveau confiance.
On ne changera pas nos économies avec des fictions de plus. On les changera quand assez de personnes auront appris à sentir, dans leur corps, ce qui est juste.
Ça commence là. Maintenant. Avec toi.
Tu peux regarder l’interview complète avec Laurence Vernay ici




